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Ces échecs qui m’ont permis de rencontrer ma vie

Le premier dont je me souviens, c’était l’année de mes 12 ans.
J’étais en 5ème et pour la première (et dernière) fois de ma vie, je rentrais chez moi avec un zéro pointé.
Géographie, interro sur les échelles. J’avais tout compris. Complètement à l’envers.
Tout faux, zéro, c’est logique.
J’en ai tellement pleuré que mes parents n’ont rien osé me dire !

Grâce à ce 0, j’ai compris que je n’étais pas une machine à apprendre, qu’une mauvaise note ne me faisait pas mourir et comment lire une carte comme une déesse.

Cet échec m’a appris l’humilité de ne pas forcément comprendre du premier coup.
Il m’a également montré que j’étais assez orgueilleuse pour ne pas rester dans l’ignorance juste parce que c’était compliqué.

Mon second échec retentissant fut extrêmement joyeux. Pour moi, pas pour mes parents :).
J’ai 20 ans et je viens d’échouer en beauté aux écrits des concours que je prépare depuis 2 ans.
Je m’en fous, je suis en vacances !

Je les repasserai l’année prochaine, franchement, pas de quoi fouetter un chat.
On m’a dit que j’avais perdu 1 an, mais ça veut dire quoi, en fait ? Perdre 1 an avant de rentrer dans la vie dite active.
Bon ben moi j’ai toujours eu l’impression d’être bien active dans ma vie, mais tant que tu ne rapportes pas d’argent… Bref.

Grâce à cet échec, j’ai intégré l’école que je voulais. En même temps que celui qui allait devenir mon compagnon et père de mes enfants. J’aime bien cet échec :).

J’ai appris que le temps n’est pas à nos ordres, qu’il a ses raisons pour nous faire faire des détours.
Que rien ne sert de forcer, mieux vaut apprendre à accueillir.
J’ai appris que la réussite a une définition bien différente de celle qu’on m’avait apprise.

Le troisième fut le plus douloureux, il a changé ma vision profonde de moi-même, rien que ça.
J’ai 30 ans et, mystère des compromis de la vie salariale dans un « grand groupe », je me retrouve technico-commerciale en région tourangelle. Que ne ferait-on pas pour avoir un CDI…
Je suis mauvaise. Compétente sur le papier et totalement inadaptée à ce métier auquel je ne comprends rien. Je ne rentre pas dans les cases, ne fais rien de ce qu’il faudrait, je suis nulle. Nulle pour faire la conversation, pour caresser dans le sens du poil, pour vendre des produits qui me dépriment.

Je déteste cordialement ma vie professionnelle.
Je me fais presque virer. Virer complètement de mon poste et presque de la boite.
Je suis stressée, humiliée, fatiguée, dégoutée.

Mais voilà, « ils » ont réveillée la panthère en moi.
Je me rebelle, je refuse de démissionner (ah oui, je t’ai pas dit ? Le mec de la RH m’a gentiment conseillé de démissionner pour, je cite « faire des enfants » #connard).
Je reste dans la boite, je rentre à Lyon.
Je deviens déléguée du personnel et je défends les autres après avoir été défendue.

Cet échec m’apprend que m’écouter, écouter mon corps, mes intuitions est tout simplement vital.
Il m’apprends que je n’ai pas à accepter les comportements et mots qui agressent.
Que lorsqu’on hausse la voix, la peur change de camp.
Que j’ai beaucoup de force en moi, que je ne suis pas, mais alors pas du tout, un bon petit soldat ou une gentille salariée qui va dire merci parce qu’on lui a fait l’aumône.

J’ai appris la fierté de la révolte, l’efficacité de la résistance et découvert la puissance de la solidarité dans un monde d’égoïsme, de quête de pouvoir et de mépris.

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Le quatrième fut insidieux, il a pourtant changé ma vie.
Il fut celui de mon intégration dans le monde. Dans les mondes. De ma non-intégration, plutôt.

Dans le monde, surtout, du salariat.
D’une TPE à une multinationale, rien n’a changé pour moi. Incapacité à décoder, à faire ce qu’il fallait, au bon moment, avec les bonnes personnes.
Condamnée à la stagnation et à l’ennui.
Condamnée à ne me faire remarquer que lorsque je remets en cause, je questionne, je doute.

Cet échec, je l’ai vécu pendant une dizaine d’années.
Et puis, un jour, j’en ai eu marre. En un clin d’œil, j’ai tout envoyé valser. C’était il y a 8 ans.

Grâce à lui, j’ai compris qu’il y a avait de multiples façons de vivre, de gagner de l’argent, de s’accomplir, d’être.
Loin, bien loin de tout ce qu’on avait essayé de me faire croire.
J’ai su que j’étais capable de prendre des risques, de décider, de gérer, d’être indépendante, de choisir.
J’ai appris qu’aucune différence ne condamne définitivement, sauf à l’accepter.
J’ai appris, surtout, à me dire oui, à me faire confiance, comme ça, sans plan, sans certitude.
Que j’étais capable de m’adapter, me débrouiller, danser avec mon chaos, sans avoir besoin de rebondir comme une balle.
Que je n’étais pas obligée d’utiliser « leur » langage pour me faire comprendre. Au contraire.

Le cinquième, quant à lui, m’a appris à dire non.
À accepter de ne pas savoir, de ne pas pouvoir surtout.
À continuer, encore et encore, même si je ne pige pas tout.
À oser être pleinement moi-même, quoi qu’il en soit.

Cet échec, c’est la somme de toutes les erreurs que j’ai pu faire depuis que je suis entrepreneur·e.
Je ne t’en parlerai pas plus que ça.
Des articles sur les « 10 erreurs à ne pas faire pour devenir riche en 30 secondes (et autres conneries du même style) », tu en trouveras bien plus qu’il n’est supportable sur le web.

En vrai, on s’en fout et en vrai, peu importe les erreurs des autres, elles ne t’empêcheront pas d’en faire, les mêmes ou d’autres encore.
Elles masquent le trésor.
Le trésor de vivre pleinement ses échecs, de les traverser, de les accepter, de les aimer pour ce qu’ils nous apportent.

Alors va, vis, plante-toi et deviens.

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